La montée en puissance du non-coté requiert une digitalisation des processus

12/05/2021

Les investissements dans le capital investissement, la dette privée, les infrastructures ou l’immobilier répondent à une recherche de performance, et aussi de sens, des investisseurs. Ces actifs réels de plus en plus recherchés font face à une dynamique et des volumes inédits.

La demande croissante en investissements alternatifs est en voie de transformation. Après une progression de près de 50% de leurs encours entre 2015 et 2020, c’est un bond de 60% qui est anticipé d’ici 20251. Ces placements en non cotés ont les faveurs des investisseurs, à la recherche de performance, de diversification de leurs portefeuilles et de sens en investissant dans l’économie réelle. Ils offrent une palette d’actifs très hétérogènes et se distinguent en particulier des actifs liquides par l’absence d’infrastructures de marchés. Or, dans ce contexte de montée en puissance des actifs réels illiquides dans les portefeuilles, les besoins des investisseurs, en termes de données, de gestion des risques et de Reporting, sont de fortes incitations à plus d’organisation et d’efficacité.

Une ouverture à la clientèle des particuliers

L’un des phénomènes marquants de ce mouvement est l’ouverture de ces marchés à la clientèle des particuliers. C’est ainsi qu’en France, parmi les FIA (Fonds d’Investissement Alternatif encadrés par la directive AIFM2), selon l’AMF, 40% sont ouverts aux investisseurs non-professionnels3. La part du non coté dans les supports des contrats d’assurance-vie proposés par les assureurs, a fortement augmentée. En France, le gouvernement a souhaité inciter les épargnants à franchir le pas de l’investissement dans le non-coté en lançant en octobre 2020, avec Bpifrance (Banque publique d’investissement), un fonds-de-fonds de capital investissement distribué par les réseaux bancaires et d’assurance4. Dans un contexte de besoin crucial de fonds propres pour beaucoup d’entreprises, cette démarche est, pour les particuliers, l’occasion d’investir dans des PME, c’est-à-dire dans l’économie réelle.

Des acteurs parties prenantes de la finance responsable

Sur les marchés non cotés, beaucoup de gérants de fonds sont capables de répondre aux préoccupations sociétales et environnementales des épargnants ; une prise en compte qui sera même bientôt une obligation, dans le sillage de la réforme de la directive MIF5. Ces acteurs sont des parties prenantes majeures de l’investissement responsable et bien souvent, la recherche concrète d’impact est une partie intégrante du processus d’investissement.

Cette approche est encouragée par un arsenal réglementaire déployé par la Commission européenne dans le cadre de son plan d’action pour la finance durable, lancé en mars 2018. Sa dernière initiative en date, le règlement SFDR6, entré en vigueur le 10 mars 2021, élabore une classification des fonds et formalise des obligations de Reporting sur la prise en compte des enjeux ESG7. Cette meilleure transparence permettra de tendre vers une plus grande homogénéisation des pratiques et plus de clarté pour les investisseurs.

Le marché du non-coté devient une classe d’actif à part entière

Par définition, le marché du non-coté regroupe des univers d’investissement très hétérogènes et ne dispose pas d’infrastructure de marchés comme pour les actifs listés. Cependant, les besoins de valorisation, de comptabilisation, de tenue de position et de contrôle restent très similaires. De nombreux acteurs bancaires et non bancaires participent à un environnement concurrentiel très actif.

Pour les banques, et les métiers titres en particulier, ces marchés sont un relais de croissance naturel, les services de conservation, de valorisation et de dépositaire faisant partie intégrante de l’offre.

Historiquement, Société Générale a toujours accompagné ses clients gérants d’actifs et investisseurs institutionnels dans leurs développements sur de nouvelles classes d’actifs, de nouvelles zones géographiques, de nouvelles stratégies d’investissement. A ce titre, nous avons été pionniers dans ce domaine en devenant la banque dépositaire du premier FCPR8 de la place de Paris en 1983 pour le compte de la société de gestion spécialisée dans le capital investissement, Apax Partners.

Or, le non- coté n’est plus une niche réservée à des acteurs spécialisés. Désormais, les plus grands gérants d’actifs européens ont structuré des expertises solides sur la dette privée, le capital investissement, les infrastructures et l’immobilier, affichant plusieurs dizaines de milliards d’euros sur chacune d’entre elles. La mise en œuvre en 2013 de la directive AIFM a été un détonateur en offrant un cadre européen à l’ensemble des fonds alternatifs et en leur ouvrant ainsi les portes de tous les marchés de l’Union européenne.

Une nécessaire accélération digitale

L’engouement pour le non-coté et la croissance importante des volumes nécessite une plus grande industrialisation et une digitalisation des processus opérationnels. Aujourd’hui encore, la nature des actifs sous-jacents de leurs fonds est susceptible de créer des difficultés opérationnelles, dans les fonctions de back-office, de tenue de registre ou d’agent de transfert... La fragmentation des marchés européens, qui sont en bonne partie régis par des règles locales, multiplie les différents documents à fournir aux autorités. La gestion de ces opérations reste fortement manuelle, comme la production de certaines attestations de propriété des actifs en portefeuille, exigée par la directive AIFM.

Nos clients aspirent à gagner en efficacité et nous nous devons de les accompagner pour leur permettre d’atteindre leurs objectifs et de se focaliser sur la gestion de portefeuille. Nous continuons ainsi à investir considérablement dans la digitalisation de nos processus, mais aussi en proposant de nouvelles solutions intégrées telles que le « middle office avancé ». Ce service de sous-traitance nous permet de devenir le point d’entrée unique de notre client pour l’ensemble de ses opérations, en reprenant les tâches administratives d’analyse, de contrôle, de suivi et de partage documentaire, et permettant ainsi à la société de gestion de se focaliser sur son cœur de métier.

Le marché du non-coté est un relais de croissance important pour les acteurs de l’industrie de la gestion, non seulement du fait de la diversité des potentiels d’investissement mais aussi de sa capacité à se transformer, s’industrialiser et se digitaliser. Les initiatives de tokenisation des actifs réels ouvriront sûrement encore de nouvelles perspectives.

 


1 Preqin special report: The future of alternatives 2025 – November 2020

2 Alternative Investment Fund Manager

5 Markets in Financial Instruments

6 Sustainable Finance Disclosure Reporting

7 L'acronyme ESG renvoie à trois notions (environnement, social, gouvernance)

8 Fonds Commun de Placement à Risques (venture capital funds)

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