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Des solutions dynamiques pour l'investissement durable "passif"

15/10/2019

Au cours de la dernière décennie, l’une des tendances de fond en matière d’investissement a été le changement de paradigme de la gestion active vers la gestion passive. Autre tendance populaire auprès des investisseurs, l’investissement durable et responsable. Les stratégies passives peuvent-elles nourrir la gestion active pour favoriser la croissance de l’investissement durable ?

Ceci s’explique notamment par des frais moindres et une plus grande simplicité qui n’ont pas manqué de séduire les investisseurs. Ainsi, en 2017, en Europe, l’investissement passif représentait 16 % de l’ensemble des actifs sous gestion, soit une hausse de 50 % par rapport aux 12 % de 20101. Autre tendance populaire auprès des investisseurs, l’investissement durable et responsable. Début 2018, au niveau mondial, l’investissement durable représentait 30 700 milliards USD, soit une hausse de 34 % en seulement deux ans2. En 2018, la Commission Européenne a lancé un plan d’action novateur pour financer la croissance durable dans le but de créer de nouveaux outils pour généraliser l’investissement durable.

La vraie question est donc de savoir si ces deux approches peuvent être combinées. Sans tomber dans un débat manichéen, les stratégies passives peuvent-elles nourrir la gestion active pour favoriser la croissance de l’investissement durable ? La réponse pragmatique à cette question assez rhétorique est que l’investissement « passif », qui réplique généralement un indice de marché pondéré, peut être redéfini comme un processus d’investissement « systématique et dynamique » qui intègre les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ; et le moyen le plus simple et le plus efficace de mettre en place une telle démarche passe par la création et l’adoption d’un indice qui intègre des filtres de sélection ESG.

Différentes solutions pour intégrer l’ESG dans la gestion indicielle

A l’instar de n’importe quelle autre solution d’investissement ESG, il est possible d’intégrer les critères ESG à la création d’un indice en procédant par exclusion, en opérant une sélection positive de sociétés « Best-in-class » ou « Best-in-universe », ou en suivant une thématique ESG spécifique, chacune de ces méthodes répondant à des besoins et des priorités différents pour les investisseurs.

Sélectionner les émetteurs les mieux notés en matière d'ESG dans l'ensemble du périmètre éligible revient à appliquer une stratégie dite « Best-in-Universe », tandis qu'une stratégie « Best-in-Class » consistera à sélectionner les titres les mieux notés en matière d'ESG, sous-ensemble par sous-ensemble, un sous ensemble désignant généralement un secteur d'activité. L'approche « Best-in-Class » offre l'avantage de maintenir une diversification sectorielle conforme à celle de l'univers d'investissement ; les investisseurs appliquent également cette méthode pour encourager les meilleures pratiques en matière d'ESG dans tous les secteurs.

Il est possible de créer des indices thématiques autour de plusieurs thèmes ESG. Depuis 2015, par exemple, les indices liés à un ou plusieurs des dix-sept Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies (UN SDG), comme l'eau propre et l'assainissement, la consommation et la production durables, l'énergie propre et d'un coût abordable ou l'égalité entre les sexes, suscitent un vif intérêt.

Plutôt que les performances ESG statiques mesurées à instant t, Les critères utilisés dans les indices semblent de plus en plus cibler les tendances à l’amélioration et les perspectives d’avenir, sans plus rester focalisés sur des performances ESG statiques. Par ailleurs, les indices visent toujours à combiner performance financière et performance ESG : dans cette perspective, des critères supplémentaires peuvent être pris en considération lors de la création d'un indice, comme la volatilité, la liquidité ou le risque. Enfin, si la plupart des indices sont pondérés de la capitalisation ou équipondérés, les scores ESG peuvent parfois également servir de « bonus », c'est-à-dire augmenter ou diminuer les pondérations.

Grâce à la flexibilité des indices dynamiques et systématiques, il est possible de combiner plusieurs approches parmi celles évoquées plus haut.

Différentes méthodes de réplication

Une fois l’indice construit, divers moyens permettent de répliquer facilement sa performance. Traditionnellement, la méthode la plus courante consiste à mettre en place des fonds d’investissement qui reproduisent la performance d’un indice ESG en achetant les titres qui le composent et en minimisant les déviations par rapport à l’indice en question. Les gérants de fonds peuvent alors avoir une démarche d’engagement auprès des entreprises et gérer les investissements.

La performance d’un indice ESG peut également être reproduite de manière plus synthétique, par le biais d’une option, d’un swap et, plus récemment, de contrats à terme.

Enfin, les solutions d’investissement sur mesure qui répliquent la performance d’un indice ESG avec des exigences financières spécifiques - généralement un certain niveau de protection du capital - ont énormément gagné en popularité ces dernières années, faisant ainsi grossir la part du retail dans le marché de l’investissement durable, part que le rapport 2018 de la Global Sustainable Alliance estime à plus ou moins 25 %.

Différents avantages

Une solution fondée sur un indice est construite de manière à assouplir les restrictions à l'encontre des investisseurs, tout en s'assurant de remplir leurs diverses exigences. Les avantages sont tangibles :

  • Transparence : les règles de l'indice sont définies d'entrée de jeu et appliquées pendant toute la durée de vie de l'indice ; ces règles comprennent notamment la définition d'une gouvernance solide afin de s'adapter aux divers événements pouvant affecter la vie de l'indice.

  • Mise sur le marché : le temps écoulé entre la définition de la stratégie et l'offre de solutions d'investissement personnalisées liées à un indice ESG peut être court, de l'ordre de quelques semaines.

  • Architecture ouverte : les investisseurs peuvent désigner leurs fournisseurs de données ESG privilégiés.

  • Souplesse en matière de taille : le coût de revient très compétitif de la création et l'exécution d'un indice en fait un outil particulièrement adapté aux investissements d’un montant relativement faible.

  • Réglementation : en Europe, les indices sont régis par le Règlement européen concernant les indices utilisés comme indices de référence ; et, à l’international, par les principes de l'International Organisation Of Securities Commissions (IOSCO) sur les indices financiers de référence, à l'international.

Compte tenu de la variété des approches, des méthodes de réplication et des avantages offerte par les indices intégrant des critères ESG, nul doute qu’ils constituent une solution judicieuse pour investir durablement, de manière systématique et dynamique : une nouvelle façon d’envisager l’investissement durable « passif ».

ISABELLE MILLAT 
Head of Sustainable Investment Solutions – SGCIB

Isabelle est à la tête du département des solutions d'investissement durable depuis février 2017. Ayant intégré Société Générale en 2006, Isabelle a occupé divers postes pour les activités de marché, en particulier COO pour l'activité Cross Asset Structured Products à New-York. Ingénieure en produits financiers depuis 2014, Isabelle se charge d'élaborer des stratégies d'investissement cross-assets et de structurer des indices pour Société Générale Index (SGI). Isabelle a débuté sa carrière en 2001 chez Capgemini Consulting. Isabelle Millat est diplômée de l'ESSEC Business School.


(1) Lyxor ETF research insights, November 2018. (2) 2018 Global Sustainable Alliance Report.

Isabelle Millat Head of Sustainable Investment Solutions, Global Markets Societe Generale
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