Les enjeux environnementaux de la blockchain

07/06/2022

Technologie sous-jacente aux crypto-monnaies, la blockchain est souvent considérée comme l’une des plus grandes innovations du 21e siècle.

Certains experts la présentent comme l’Internet de la valeur, compte tenu de son nouveau concept distribué. La plupart des crypto-monnaies sont produites par un système appelé « minage », un protocole permettant de valider les transactions en résolvant des problèmes mathématiques. Les « mineurs », qui prêtent leur puissance de calcul, suscitent de plus en plus l’attention du public, en raison de l’explosion de leur consommation électrique et de leur empreinte carbone. Toutefois, les avancées technologiques en préparation portent à croire que ce problème pourrait être résolu dans les années à venir.

Consommation électrique et empreinte carbone : dévastatrices et diabolisées

L’impact de la blockchain sur l’environnement constitue le principal défi auquel cette technologie est actuellement confrontée. Ce défi a été mis en lumière dans le cadre d’un sondage réalisé au quatrième trimestre 2021 sur le marché luxembourgeois par LHoFT et PWC, avec le concours d’ALFI.

Ce sondage révèle que 31 %1 des répondants considèrent que l’ESG est l’enjeu prioritaire. Dans un monde dans lequel le changement climatique est une priorité absolue, l’un des protocoles utilisés, POW (Proof Of Work), est vivement critiqué, en raison de sa nature énergivore. Cette critique s’inscrit dans le sillage de nombreuses études (parfois contradictoires) et d’analyses de la consommation électrique liée à l’activité de la blockchain. Si le Bitcoin était un pays, il serait le 26e plus grand consommateur d’électricité2. Il est admis que le protocole POW, qui sous-tend la capitalisation de 65 % des crypto-monnaies, est un grand consommateur d’énergie. L’indice de consommation électrique Bitcoin de Cambridge 3, qui fournit des données quantifiées sur le réseau de la crypto-monnaie, révèle que la consommation d’énergie de Bitcoin sur une année glissante est estimée à 133 térawatts-heures. Outre l’énergie consommée, ses émissions de carbone sont également décriées. En effet, la durée de vie des dispositifs de minage est souvent courte (moins de 1,5 an), et leur recyclage est complexe.

Mises en perspective

En regard d’autres secteurs d’activité4, la consommation électrique du Bitcoin demeure inférieure à celle de l’industrie financière, par exemple. Les centres de données comptent également parmi les activités les plus énergivores. Pour les crypto-monnaies, la consommation énergétique des protocoles autres que POW, tels que POS (Proof Of Stake), se veut jusqu’à 99 % inférieure. Ether, deuxième crypto-monnaie la plus importante en termes de capitalisation, a commencé sa migration vers le protocole POS. Par ailleurs, soulignons le fait que près de 70 %5 des énergies actuellement utilisées pour alimenter l’industrie des crypto-monnaies sont renouvelables. Enfin, certains projets ont été conçus en vue d’utiliser la chaleur produite par les dispositifs de minage pour chauffer les écoles, les piscines et les hôpitaux6.

Débats réglementaires

La consommation électrique de la blockchain est également à l’ordre du jour des principales autorités de régulation et des infrastructures de marché. MiCA (Markets in Crypto Assets), le cadre réglementaire européen des crypto-actifs, a longuement débattu les restrictions sur ces protocoles extrêmement énergivores. Au terme d’un vote qui s’est tenu le 15 mars, le Parlement a finalement décidé de ne pas interdire l’utilisation du protocole POW. En parallèle, certaines infrastructures de marché ont anticipé l’avenir et demandé d’ajouter des considérations environnementales. Par exemple, en préparant l’admission de trois tokens de sécurité à la Securities Official List (SOL) de la Bourse de Luxembourg, Société Générale a intégré ces éléments dans sa documentation. La prise en compte de ces considérations ne se limite pas aux régulateurs et aux infrastructures existantes. La crypto-sphère est bien consciente du défi qu’elle doit relever ; à ce titre, elle a publié une charte qui aspire à la neutralité carbone pour le secteur d’ici à 2040.

Crypto et blockchain : un impact social positif

Bien que vivement critiquées pour des raisons environnementales, il n’en est pas de même pour l’aspect social des crypto-monnaies. Dans un monde où plus d’un milliard de personnes n’ont pas de comptes bancaires, les crypto-monnaies peuvent se révéler une solution visant à les intégrer dans les circuits de paiement. Les transactions étant automatisées et peu coûteuses, elles contribuent à la micro-finance. Seule exigence : disposer d’un smartphone et d’une connexion Internet. En plus des crypto-monnaies, la technologie blockchain sous-jacente présente des caractéristiques de traçabilité et de transparence, qui permettent de développer des cas d’utilisation intéressants. Les registres cadastraux en sont un exemple frappant. Selon la Banque mondiale, les terrains que possèdent 70 %7 de la population mondiale ne sont pas enregistrés dans le respect de la loi. Par conséquent, de nombreuses initiatives ont été prises afin de remédier à cette lacune, notamment sous la houlette du Programme des Nations Unies pour le développement.

Sans oublier la gouvernance

La gouvernance est également un thème essentiel dans le domaine des technologies émergentes. Traditionnellement, la gouvernance d’entreprise est centralisée, avec des rôles et des responsabilités déterminés. Le concept est complètement différent dans le contexte des crypto-monnaies, compte tenu de leur nature « distribuée ». Les décisions sont ici prises par les communautés et, selon la méthode, par le biais de votes et de manière transparente. Les votes sont conservés dans des contrats appelés « contrats intelligents », ce qui les rend infalsifiables et transparents. Ces organisations décentralisées pourraient bien se développer dans les années à venir, au fil du lancement de projets DLT/crypto. La question de la réglementation sera certainement soulevée un jour, notamment en matière de responsabilité. Les crypto-monnaies et la technologie blockchain sous-jacente sont une invention merveilleuse, une source d’innovation qui stimule le développement de projets ambitieux et disruptifs. L’énergie consommée pour lui donner vie constitue un véritable défi dans un monde où le réchauffement climatique est l’affaire de tous. Le développement de nouveaux protocoles pourrait ainsi permettre à la technologie d’atteindre son plein potentiel dans les années à venir et d’en faire profiter le monde entier.

Laurent Marochini, Head of Innovation, Societe Generale Securities Services Luxembourg

1 Sondage sur la gestion des crypto-actifs — lhoft.com/en/ crypto-asset-management-report/
2 climate.selectra. com/fr/empreinte-carbone/bitcoin (en français uniquement)
3 https:// ccaf.io/cbeci/index
4www.nasdaq.com/articles/acomparison-of-bitcoins-environmental-impact-with-that-of-goldand-banking-2021-05-04
5www.lemonde.fr/pixels/ article/2021/06/13/les-cryptomonnaies-encore- Tres-energivoresa-la-recherche-d-un-avenir-plus-vert_6083959_4408996.html (en français uniquement)
6www.journaldunet.com/economie/ finance/1505665-le-bitcoin-va-t-il-sauver-la-planete/ (en français uniquement)
7GEI du groupe de la Banque mondiale : ieg.worldbankgroup.org blog/why-land-administration-matters-développement

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