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Redéfinir l'activisme : l'approche ESG est salutaire, mais insuffisante

20/11/2019

Le marché s’éloigne de la pratique consistant à exclure les investissements ne répondant pas aux critères ESG pour adopter une intégration active des investissements qui le font. C’est certes un signe de progrès, mais ce n’est toujours pas suffisant.

Petit, j’adorais faire la course. Plus tard, devenu coureur de cross, j’ai appris la valeur de l’endurance et l’importance d’avoir une vision d’ensemble pour atteindre la ligne d’arrivée. Plus l’objectif est éloigné, plus les moyens d’y parvenir doivent être solides. C’est le propre de la nature humaine : souvent, lorsque les professionnels – et plus généralement, leurs institutions respectives – évaluent la possibilité d’adopter une approche environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) en matière d’investissement, ils ne perçoivent pas les vertus d’intégrer le développement durable, à moins d’avoir déjà connu un échec, aveuglés par une vision court-termiste. 

L’éclatement de la bulle Internet a été pour moi une révélation. Après une série de succès et une croissance rapide, j’ai subitement dû mettre la clé sous la porte et licencier des gens, moi inclus. Le poste que j’ai occupé par la suite m’a plongé dans l’univers de l’investissement responsable, alors encore au stade embryonnaire. J’ai alors compris que cet échec aurait pu être minimisé si notre modèle économique avait correctement intégré les facteurs ESG. Depuis, je m’efforce d’apprécier la valeur d’une entreprise au-delà du simple prisme des indicateurs de valeur actionnariale. 

 

Dans l’univers de l’investissement, le retour en grâce de l’approche à long-terme commence à se généraliser. Le nombre d’investisseurs intégrant les critères ESG à leur gestion de portefeuille n’a cessé d’augmenter ces dix dernières années. Par ailleurs, le marché raisonne de moins en moins en termes d’exclusions, préférant aujourd’hui intégrer activement les investissements conformes aux critères ESG. Mais, aussi significative soit-elle, cette avancée ne suffit toujours pas. 

Redéfinir l’activisme  

La communauté financière doit désormais redéfinir l’activisme et redonner du sens à la « gestion active ». Nous devons faire preuve de proactivité afin de nous assurer que les investissements visent un impact positif, tout en honorant notre obligation fiduciaire, c’est-à-dire, en notre qualité de gestionnaires d’actifs, optimiser les rendements pour nos clients. 

L‘« activisme » peut renvoyer à deux notions totalement différentes. La première fait référence aux initiatives activistes telles que les ONG engagées sur le front social ou dans la lutte contre le changement climatique. La seconde pourrait en revanche évoquer l’activisme à court terme pratiqué par les sociétés financières qui, bien souvent, ne servent pas les intérêts à longue échéance de l’entreprise. Dès lors, l’activisme est connoté, changeant de sens selon l’entité qui le pratique. Dans le secteur des services financiers, l’activisme peut toutefois jouer un nouveau rôle qui doit être encouragé : un activisme vecteur de dialogue constructif. Cet activisme d’un nouveau genre permettra de tendre vers une forme de capitalisme moins restrictive et plus durable, qui embrasse une vision à long terme. 

Cette nouvelle vague d’activisme gagne du terrain, portée par des investisseurs appelant les gérants d’actifs à considérer l’impact des placements au-delà de leur simple rendement financier, et à démontrer leur approche active. Sur les marchés privés, notre stratégie est tout entière tournée vers le private equity dans le cadre d’une approche intégrée conjuguant due diligence ESG et alignement sur les Objectifs de développement durable (ODD). Cette approche de l’investissement d’impact cible un taux de rendement égal au taux du marché avec des résultats à long terme, et s’appuie sur des indicateurs spécifiques en matière de santé, d’inclusion financière et de climat. 

Dans l’univers obligataire, la gestion active durable progresse : les investisseurs sont de plus en plus nombreux à exiger des preuves que les fonds sont effectivement alloués à la réalisation des ODD mis en avant. Cette tendance incite l’ensemble du secteur, mais également les autorités, à prendre des engagements sur ce front. Au cours de l’été 2019, l’International Capital Market Association a durci le ton en exigeant de publier des informations de meilleure qualité et une plus grande transparence eu égard aux obligations vertes. La Commission européenne doit également publier une norme sur ses green bonds.  

Sur la voie de l’impact 

Dans le cadre de notre actionnariat activiste, notre politique de vote et nos initiatives d’engagement ont progressivement évolué. Notre stratégie ne consiste pas uniquement à sélectionner un actif qui coche tous les critères ESG, mais également à demander des comptes lorsque l’actif n’adopte pas la bonne approche face aux enjeux tels que la diversité et l’inclusion, le changement climatique, la biodiversité et nos ambitions liées aux 13 ODD. Nombre de nos portefeuilles reposent déjà sur des normes ESG et nous visons à les déployer dans l’ensemble de nos investissements. Nous nous sommes engagés à parvenir à 90 % d’intégration ESG dans nos portefeuilles ouverts d’ici fin 2019. Notre engagement en faveur du développement durable doit s’inscrire au-delà de notre approche d’investissement et se refléter pleinement dans la gestion de notre activité – pour joindre le geste à la parole. 

Nous nous sommes engagés à atteindre une intégration ESG de 90% dans nos portefeuilles ouverts, d'ici à la fin 2019.

La façon dont les entreprises contribuent à la réalisation des ODD s’est rapidement muée en attente du marché. Notre ambition première est d’incorporer et de suivre les critères ESG dans tous les aspects de notre activité, et pas uniquement au sein de nos équipes d’investissement. Ces dix dernières années, nous nous sommes employés à réduire notre empreinte carbone et à mieux respecter l’environnement. Nous concevons également des polices d’assurance et des fonds d’investissement d’impact innovants et pragmatiques. Nous mesurons l’impact de notre propre activité, prenons nos responsabilités et travaillons à la création de meilleurs outils, tant pour notre entreprise que pour le marché au sens large. 

Matt CHRISTENSEN
Global head of Responsibile Investment - AXA Investment Managers

Matt joined AXA IM in 2011 and as Global Head of Responsible Investment is responsible for directing, implementing and overseeing the development of an impact investment programme and the integration of ESG criteria across asset classes and multiasset solutions. Matt has been a leading voice in the field of responsible investment and was a member of the European commission’s coordination committee to explore the future of sustainability policy and legislation in the EU, a position he held until joining AXA IM. Matt was a Founding Director at Eurosif and has held Board positions with impact funds in the alternatives arena.

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