
Les nouveaux challenges du monde alternatif
En lien avec les changements macro-économiques, la gestion alternative est en train de vivre des changements profonds, tant au niveau de la structure des fonds des marchés privés qu’au niveau du modèle opérationnel.
Nombreux sont les éléments générant de la complexité auxquels la gestion alternative doit faire face depuis 2022 : contexte géopolitique incertain, risque économique accru dans plusieurs secteurs, plus de difficultés pour les stratégies de sortie classiques (ralentissement des introductions en bourse1 par exemple), hausse des taux (en moyenne de mars 2022 à juillet 2023, +525 points de hausse (cumulée) observée en moyenne sur les zones US, EUR et UK2), resserrement des sources de financement pour le secteur privé (la levée de fonds sur les marchés privés a baissé de 22% sur le marché mondial en 20233)…
Forte de ces constats, l’industrie de la gestion alternative s’oriente vers plus de diversification dans son modèle :
- D’une part, à l’actif, les investissements s’étendent davantage vers les dettes privées, voire des supports plus classiques tels que les actions et obligations cotées ;
- De l’autre part, au passif, les fonds alternatifs se « démocratisent » pour attirer des clients dits « retail » (de détail) dans le financement des investissements privés.
Forte croissance des investissements en dettes privées
Les prêts sont devenus les actifs les plus attractifs pour les fonds alternatifs : au niveau mondial, les experts s’attendent à des levées de fonds sur la dette privée de l’ordre de 3500 Mds US$ d’ici à 2028 ; au niveau européen, il est estimé que le marché des dettes privées connaîtra une croissance de plus de 200% entre 2022 et 20284.

Au-delà d’une rentabilité plus confortable et certaine, portée par la hausse des taux sur les marchés principaux et des flux de liquidité plus réguliers, la variété des formes des produits de dette permet de proposer également un large choix d’investissements adaptés aux différentes stratégies des fonds.
En effet, les fonds peuvent choisir d’originer ou de participer aux prêts qui financent en primaire des entreprises privées (approche de type private equity), ou de sélectionner des prêts sur un marché secondaire. Pour être plus efficace dans leurs stratégies de taux, les fonds peuvent aussi ajouter des obligations listées ainsi que des supports dérivés dans leurs portefeuilles.
Tous ces choix sont facilités en raison de :
- L’assouplissement réglementaire visant à financer l’économie réelle via le circuit non bancaire : par exemple, ELTIF 2 permet aux fonds d’avoir 45% de produits listés tandis que AIFMD 25 clarifie les règles d’origination des prêts par les AIF au sein de l’Union européenne.
- L’évolution de l’écosystème : le développement des fonctions de « loan administration » qui allègent le suivi des prêts au niveau des fonds ou encore l’orientation du marché secondaire vers plus de transparence du fait de la plateformisation (réseau WSO notamment).
Ces adaptations vont marquer le développement de l’industrie de la gestion alternative qui bénéficiera de plus de flexibilité et d’outils pour s’adapter aux changements de marché. Les fonds conserveront leur expertise dans le secteur privé tout en se rapprochant du monde de la gestion plus classique. Le cadre réglementaire laissera aussi une plus grande marge de manœuvre dans la structuration des fonds (par exemple, d’après l’AIFMD 2, le seuil d’investissement en prêts privés originés n’est que de 50% pour un AIF qui souhaite être classifié en « loan originating fund »).
Ouverture vers des clients « retail »
Au passif, les mêmes tendances d’assouplissement et d’ouverture sont constatées. Les gérants d’actifs ainsi que les régulateurs s’orientent de plus en plus vers une clientèle dite « retail » pour élargir les sources de financement des entreprises privées et de l’économie à long terme.
La réglementation ELTIF 2 donne un signal clair de cette ouverture en supprimant complètement le seuil d’investissement pour un investisseur retail. Pour ce faire, les ELTIF peuvent aussi se prévaloir d’un passeport de commercialisation de l’Union européenne.
Sortant de la logique des fonds fermés classiques, les gérants de fonds travaillent sur leurs nouvelles stratégies de commercialisation. Plus d’efforts sont mis sur des partenariats avec des canaux de distribution tels que les banques privées. La digitalisation des offres produits est également devenue une nécessité pour faciliter l’accès à une clientèle retail.
Cela implique aussi de faire évoluer la structure des produits pour répondre à une exigence de liquidité plus importante face à une clientèle retail. De fait, nous voyons de plus en plus de poches des portefeuilles réservés à des produits liquides et l’introduction des mécanismes de liquidité (par exemple, « gates » ou « anti-dilution levies ») utilisés historiquement par les fonds UCITS concernant les souscriptions et rachats (cette réflexion sur l’utilisation des outils de liquidité est même « imposée » par la réglementation AIFMD 2).
Ces tendances génèrent également des changements profonds dans tout l’écosystème entourant la gestion alternative. Par exemple, des plateformes telles que Goji et AirFund ont été rachetées par des géants de l’industrie des fonds (Euroclear pour le premier et Amundi pour le second), ciblant une consolidation de la distribution et du processing des fonds privés.
Transformation en cours chez les asset servicers
Au sein des prestataires de service d’administration des fonds, une question émerge : comment mieux nous équiper afin d’accompagner les fonds alternatifs qui s’adaptent tant sur le plan de leurs investissements que de leur mode de commercialisation ? Nous relevons deux challenges : l’un technologique, pour contribuer à l’industrialisation du secteur (liens avec les plateformes, volumétrie des investisseurs…), l’autre organisationnel, pour enrichir nos offres de services (nouvelles fonctions d’administration des prêts ou la gestion des mécanismes de liquidité).
Chez Société Générale Securities Services Luxembourg, forts de notre très solide base de clientèle institutionnelle, nous continuerons ces réflexions ainsi que la co-construction de services innovants et adaptés aux besoins des clients. Le tout sera bâti en conservant nos expertises actuelles en tant que banque dépositaire offrant des solutions de cash ainsi qu’administrateur central de fonds alternatifs.
1 Le marché mondial enregistre en 2023 1°298 introductions en bourse ayant permis de lever 123,2 milliards de dollars US. Il s’agit d’une baisse de 8 % en volume et 33 % en montant levé par rapport à 2022 (source : Café de la Bourse).
2 Source : Bain & Company
3 Source : “McKinsey Global Private Markets Review 2024: Private markets in a slower era”
4 Source : Prequin
5 Transposition prévue en 2026



