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La gestion déléguée, le nouvel eldorado ?

04/06/2020

Dans un monde où les offres de gestion d’actifs internes ont la part belle, la gestion déléguée permet aux clients d’accéder à l’architecture ouverte à un prix compétitif. En effet, ils peuvent ainsi bénéficier de l’expertise opérationnelle de leur distributeur et d’une gestion des risques accrue, à la faveur notamment d’un accès transparent à des portefeuilles de gestion déléguée.

Pas une semaine ne passe sans que la signature d’une convention de gestion de fonds par un tiers ne soit annoncée. Les pays anglophones appellent cela la « gestion déléguée ». Sa popularité est telle qu’elle figurait parmi les sujets à aborder lors des négociations sur le Brexit. En effet, la Financial Conduct Authority britannique, l’Autorité européenne des marchés financiers ainsi que l’ensemble des autorités nationales sont parvenues à un accord en cas de Brexit désordonné. Les entreprises européennes pourront continuer à déléguer certaines de leurs activités de gestion de fonds à des sociétés britanniques et cette tendance claire devrait s’inscrire dans la durée.

Un fonds dont la gestion a été déléguée est un fonds d’investissement géré par un gestionnaire d’actifs tiers. Ce modèle est illustré dans le graphique à la page suivante. Ce type de fonds est principalement utilisé par les distributeurs en Europe pour donner accès à l’architecture ouverte. Le modèle de gestion déléguée combine la distribution de fonds historique et les mandats de gestion institutionnelle. Il nécessite une forte capacité à sélectionner des gestionnaires disposant d’un historique de performance éprouvé et à les suivre en permanence, ainsi qu’un modèle opérationnel efficace pour le distributeur afin de mettre en place la gestion déléguée.

Selon INDEFI, le marché de la gestion déléguée est en plein essor et constitue le segment affichant la croissance la plus rapide parmi les solutions d’architecture ouverte en Europe1, avec un taux de croissance annuel composé des actifs sous gestion de 18 %. Cela représente 10 à 15 % de la part de marché de l’architecture ouverte en Europe selon INDEFI.

Qui en tire parti toutefois ?
Les investisseurs ?

Dans un monde où les offres de gestion d’actifs internes ont la part belle, la gestion déléguée permet aux clients d’accéder à l’architecture ouverte à un prix compétitif. En effet, ils peuvent ainsi bénéficier de l’expertise opérationnelle de leur distributeur et d’une gestion des risques accrue, à la faveur notamment d’un accès transparent à des portefeuilles de gestion déléguée.

La prochaine génération de clients s’attend à se voir proposer une offre différente. Ils souhaitent donner un sens à leurs placements, en investissant dans de nouvelles classes d’actifs qui privilégient les critères ESG et ont un impact par exemple. Certaines de ces stratégies peuvent être difficiles à mettre en œuvre en interne, ce à quoi la gestion déléguée peut assurément remédier.

Ce modèle permet au client final de se voir proposer une offre élargie et plus intéressante gérée par des intermédiaires, lui fournissant ainsi un meilleur service de gestion.

Les gestionnaires d’actifs ?

L’évolution du contrôle de la chaîne de valeurs – des créateurs de produits aux intermédiaires – est indéniable. En effet, les mandats de gestion déléguée font baisser les prix de la gestion d’actifs, les principaux frais pouvant en moyenne être réduits de 50 % – et jusqu’à plus de 70 % pour les plus grands distributeurs –, selon nos estimations. La gestion d’actifs est finalement l’un des seuls secteurs au sein duquel le coût des solutions prêtes à l’emploi est plus élevé que pour les offres personnalisées.

La demande en services de gestion déléguée est telle que les gestionnaires d’actifs n’ont eu d’autre choix que de suivre la tendance et de s’assurer qu’ils soient en mesure de proposer leur expertise en la matière – malgré la chute des prix qui les concernent directement –, se pliant aux contraintes souhaitées par ces intermédiaires.

Le modèle de gestion déléguée présente quelques avantages de taille pour les gestionnaires d’actifs, notamment la détention d’un produit sur une période bien plus étendue (un accord de gestion déléguée ne peut être conclu ou rompu du jour au lendemain). Si l’on ajoute les volumes nettement supérieurs – la distribution des produits se faisant à plus grande échelle – ainsi que la projection de la marque au sein des réseaux de distribution (co-branding), l’accord devient bien plus équilibré malgré la politique de baisse des prix.

Cette réduction des prix et les exigences de suivi plus strictes sont bénéfiques pour les gestionnaires d’actifs de grande taille, au détriment toutefois de ceux plus petits, ce qui permet aux distributeurs de tirer profit d’une marque de gestion d’actifs potentiellement reconnue.

Les distributeurs ?

Les distributeurs de fonds sont confrontés à de nouveaux défis en matière d’investissement, de réglementation et de concurrence.

Dans un environnement de taux d’intérêt négatifs, le niveau élevé des frais est exacerbé par la faiblesse des rendements. Les offres de produits moins onéreux comme la gestion passive constituent une solution, à l’instar des produits générant de l’alpha ou des investissements dans de nouvelles stratégies (par le biais d’un mandat de gestion déléguée par exemple).

La gestion déléguée permet de personnaliser un produit pour un distributeur en fonction de ses propres contraintes (directives liées aux risques ou exclusions spécifiques de valeurs ou de secteurs afin de satisfaire aux critères ESG), mais également de stimuler les intérêts commerciaux ainsi que le pouvoir d’achat.

Par ailleurs, la directive MiFID II, qui a interdit aux sociétés d’investissement de percevoir des incitations en provenance de tiers lorsqu’elles fournissent des conseils indépendants ou des services de gestion de portefeuille, a considérablement changé le secteur de la gestion et de la distribution d’actifs. La gestion déléguée constitue un moyen sûr pour les distributeurs de « neutraliser », ou du moins de compenser, la perte de ces frais de suivi, car elle permet aux intermédiaires de conserver une marge de distribution qui correspond plus ou moins à la différence entre les frais de gestion du produit et le prix payé au gestionnaire d’actifs tiers.

La gestion déléguée est une source de création de valeur par rapport à la concurrence, en architecture ouverte, pour les clients finaux (qui sont également surveillés par les autorités de réglementation), ce qui constitue l’un des principaux facteurs de différenciation dans l’offre de distribution.

Malgré les difficultés, la gestion déléguée profite à l’ensemble des acteurs

Le modèle de gestion déléguée semble être bénéfique aux clients, aux gestionnaires d’actifs tiers et aux distributeurs, et ce, malgré les difficultés rencontrées par ces deux dernières catégories.

En effet, ce modèle nécessite une certaine échelle ainsi qu’un délai opérationnel. Si la réplication de quelques processus existants peut paraître simple, les stratégies personnalisées entraînent une hausse des coûts et une augmentation des services (gestion de portefeuille et des risques, communication et marketing, etc.). En outre, lorsque le distributeur n’est plus satisfait du mandat de gestion, cela peut prendre un certain temps pour le modifier ou le changer.

La flexibilité, le reporting dédié ou l’attribution de la performance sont autant d’éléments qui rendent la relation particulièrement exigeante pour le gestionnaire d’actifs, lequel doit trouver les ressources nécessaires.

Par conséquent, la réussite de ce modèle repose en grande partie sur la sélection du gestionnaire bien entendu, mais également sur les capacités opérationnelles des deux parties.

La gestion déléguée semble idéalement positionnée pour poursuivre sa croissance dans les années à venir. Même si les distributeurs sont aux commandes lors des négociations, il est possible de dire qu’un véritable partenariat est passé entre le créateur de produits et le distributeur. Par ailleurs, cette forme d’externalisation permet d’intégrer une expertise aux nouvelles classes d’actifs, tout en élargissant la couverture géographique.

L’importance de la qualité du produit final est indéniable et il ne s’agit pas seulement de la relation commerciale, mais également de la confiance.

 

(1) INDEFI : le marché de la gestion déléguée en Europe : caractéristiques et tendances clés, 2019.

NICOLAS MOUSSAVI
Responsable de la recherche Mutual Fund 
Lyxor Asset Management

Nicolas Moussavi dispose d’une solide expérience de près de 15 ans dans le secteur financier. Depuis septembre 2009, Nicolas intervient en qualité de gestionnaire de portefeuille pour les mandats et fonds dédiés recommandés par des conseillers d’investissement externes sur l’ensemble des classes d’actifs au sein de l’équipe Multi-gestion. En 2014, il a été nommé Responsable de la recherche de fonds (fonds communs et OPCVM alternatifs) au sein de Lyxor Asset Management, où il est chargé de la sélection des fonds pour différentes entités du groupe Société Générale. Il travaillait auparavant dans le service de gestion des actifs structurés au sein de SGAM Alternative Investments (SGAM AI), où il était responsable de la sélection et de l’analyse des fonds sous-jacents pour les produits structurés. Avant de rejoindre SGAM AI, Nicolas était gestionnaire de portefeuille adjoint chez Montpensier Finance. Il a commencé sa carrière chez Société Générale Corporate & Investment Banking en tant qu’assistant pour le Long/Short Equity Desk de l’équipe chargée des relations avec les hedge funds et de l’analyse des risques au sein de Lyxor Asset Management. Nicolas est titulaire d’un Master en économétrie et mathématiques de l’École d’économie d’Aix-Marseille. Il a également obtenu un Mastère spécialisé en techniques financières de l’ESSEC Business School et est titulaire de la certification CAIA.

 

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