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ECO : un nouveau chapitre avéré pour l’Afrique de l’Ouest  ?

10/03/2020

La création d’une monnaie unique en Afrique de l’Ouest semble n’être qu’une question de temps. Des obstacles restent toutefois à surmonter pour parvenir à établir un espace économique ouvert et unifié englobant les infrastructures, la fiscalité et les juridictions.

L’Afrique de l’Ouest s’efforce depuis de nombreuses années de bâtir un consensus sur la création d’une monnaie unique. L’année 2020 s’annonce prometteuse dans la mesure où les dirigeants de plusieurs pays sont plus déterminés que jamais à promouvoir l’ECO, qui serait le nom choisi pour la future monnaie unique de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La zone CEDEAO compte 15 États membres1, dont six appartiennent à la Zone Monétaire Ouest-Africaine (ZMAO), huit appartiennent à l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), plus le Cap-Vert qui n’est membre d’aucune de ces deux organisations.

L’une des raisons de la confiance de ces dirigeants à l’égard d’une politique de monnaie unique pourrait être que les États membres de l’UEMOA, ainsi que la France, ont déjà fait le premier pas en annonçant fin décembre 2019 la réforme du Franc CFA (franc de la Communauté financière africaine) dans la région. Les principales évolutions prévues sont notamment :

  • Le changement de nom du Franc CFA qui deviendra l’ECO ;

  • Le placement de l’ensemble des réserves de change auprès de la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) (au lieu du dépôt de 50 % des réserves auprès du Trésor français) ;

  • La réduction du nombre de représentants français au Conseil d’administration des banques centrales régionales.

ECO : le pour et le contre

Cependant, des difficultés subsistent. Des États membres importants remettent par exemple en question la parité fixe de l’ECO avec l’Euro. En particulier, le Nigeria, qui représente 60 à 75 % du PIB de la zone CEDEAO2, préfère maintenir sa monnaie (le Naira ou NGN à l’heure actuelle) dans un régime de taux de change flottant depuis l’abandon de son arrimage au dollar américain en 2016.

De plus, les critères d’éligibilité pour adhérer à la zone ECO sont difficiles à remplir, ce qui freine le projet. Les quatre principaux critères de convergence3 sont les suivants :

  • Un taux d’inflation inférieur à 10 % à la fin de chaque année ;

  • Un déficit budgétaire limité au maximum à 4 % du PIB ;

  • Un financement du déficit par la banque centrale limité au maximum à 10 % des recettes fiscales de l’année précédente ;

  • Des réserves de change permettant de couvrir au minimum trois mois d’importations.

Après avoir été reportée à quatre reprises, la mise en œuvre de l’ECO dans les 15 pays de la CEDEAO en 2020 reste incertaine. Comme toute réforme structurelle, le projet ECO présente des avantages et des inconvénients.

Les bénéfices de cette politique pourraient être de faciliter les échanges commerciaux et les paiements, de réduire les coûts de transaction et de renforcer la concurrence dans la région, stimulant sa vitalité économique. Le dynamisme de l’économie attirera des investissements, ce qui devrait avoir un effet déterminant sur le développement des pays d’Afrique de l’Ouest. Prenons l’exemple de la zone euro : la mise en œuvre de l’euro a permis à la région d’être mieux protégée contre les caprices de l’économie mondiale et les fluctuations des marchés.

Daniel Kwesi SARPONG, responsable Corporate Banking chez Société Générale Ghana, affirme: 

Les avantages l’emportent sur les inconvénients selon moi. Prenons l’exemple du Nigeria et du Ghana. Le Nigeria a dû fermer ses frontières avec le Bénin, accusant ce pays de faire entrer sur son territoire du riz importé. À supposer que ces trois pays rejoignent la zone ECO et que les frontières soient ouvertes, des synergies considérables seraient créées.

Les détracteurs font toutefois valoir que le Franc CFA a beau être en place depuis 1945, la région n’a pas pour autant connu un développement spectaculaire du fait de cette monnaie unique. Certains craignent également que le Nigeria, géant économique de la région, ne prenne les commandes de la zone monétaire. Un autre danger pourrait se profiler pour la zone euro : les répercussions en cascade latentes de la zone économique ECO seront-elles une menace, de la même manière que la crise financière grecque de 2008 a affecté l’ensemble de l’union monétaire européenne ?

Il est très difficile de prédire quel impact l’introduction de l’ECO pourrait avoir sur les marchés financiers régionaux. Nous pouvons toutefois formuler des hypothèses :

  • Une monnaie unique gérée par une seule et même banque centrale devrait permettre aux investisseurs internationaux de mieux comprendre la réglementation par rapport la douzaine d’autorités nationales actuellement en place ;

  • La liquidité devrait également s’améliorer, entraînant des afflux supplémentaires de capitaux internationaux qui viendront doper la croissance économique régionale ;

  • Sur le front des obligations et des actions, l’ECO pourrait déclencher une vague de fusions des bourses locales et aider les valeurs régionales à sortir de leurs frontières, les courtiers locaux et internationaux devenant membres de plusieurs marchés de la CEDEAO ;

  • Les actions et les obligations de la zone devraient attirer davantage d’investisseurs internationaux grâce au moindre risque de change.

L’ECO est un projet d’une ampleur telle que les objectifs visés ne seront pas atteints du jour au lendemain

Au-delà de la question monétaire, l’enjeu porte davantage sur la construction d’un espace économique ouvert et intégré englobant les infrastructures, la fiscalité et les juridictions entre autres aspects. Comme le confie Daniel Kwesi Sarpong, " nous cherchons certes à créer une monnaie unique, mais pour assurer la réussite de l’ECO, les États membres doivent considérer la CEDEAO comme un tout au lieu d’ériger des barrières artificielles entre les différents pays. "           

 

Article rédigé par Liyan HU, Business Analyst au sein de l'équipe SGSS International Country Supervision, et Jean-François Marchand, Superviseur pour l'Afrique & l'Inde au sein de l'équipe SGSS International Country Supervision.

 

Références:


1 Gambie, Ghana, Guinée, Liberia, Nigeria, Sierra Leone (ZMAO), Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo (UEMOA) et Cap-Vert.

Eco dream shot down, AU Monitor, August 11, 2012,  Retrieved June 17, 2013http://news.moneygh.com/pages/economy/201208/554.php

Jean-François Marchand SGSS International Country Supervision, Africa & India Societe Generale Securities Services
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