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Améliorer l’efficacité des fonds grâce à la technologie

04/10/2019

L'intégration des technologies est fondamentale pour améliorer l'efficacité des fonds, dans un contexte de marché particulièrement difficile pour les sociétés de gestion active.

Selon une étude récente, moins d’un quart de tous les fonds d’actions gérés activement ont surperformé leur indice de référence en 2018, contre 53 % en 20171. Certains investisseurs ont pris note de ces performances décevantes et retiré une partie de leurs actifs des fonds gérés de façon active au profit de produits passifs comme les ETF (fonds indiciels) qui prélèvent généralement des frais relativement faibles. Par exemple, des données de Morningstar révèlent que les fonds d’actions de grande capitalisation américaines qui suivent un indice gèrent désormais plus d’argent que leurs homologues actifs. Ainsi, les fonds communs de placement passifs, les ETF et les fonds smart beta totaliseraient 2 930 milliards de dollars d’actifs, tandis que les gestionnaires actifs gèreraient 2 840 milliards de dollars2.

Outre cette réallocation des capitaux en faveur de la gestion passive, certains investisseurs particuliers et institutionnels ont commencé à s’insurger contre les commissions demandées par certains gestionnaires, encouragés par les critiques de la Financial Conduct Authority (FCA) britannique elle-même sur la faiblesse de la concurrence par les prix dans le secteur. Alors que la réglementation va se durcir, la gestion active laisse apparaître quelques failles. Le secteur traverse incontestablement une phase compliquée et Mathieu Maurier, responsable pays pour le Luxembourg au sein de Société Générale Securities Services (SGSS), a déclaré lors d’une intervention au FundForum International à Copenhague que l’innovation technologique aurait un rôle essentiel à jouer pour soutenir la gestion active.

Commencer par les bases : l’externalisation

L’externalisation des activités de middle- et de back-office à des fournisseurs indépendants permet aux sociétés de gestion de progressivement se passer de leurs propres systèmes propriétaires existants, souvent coûteux. Elles peuvent ainsi profiter des avantages de l’automatisation et de la modularité. Mathieu Maurier concède toutefois que, même si l’externalisation génère une valeur intrinsèque pour les gestionnaires, les sociétés doivent faire preuve de prudence lorsqu’elles sélectionnent les processus à externaliser. Un gestionnaire peut, par exemple, choisir d’améliorer l’efficacité de certaines activités grâce à l’externalisation, mais préférer garder la mainmise en interne sur certains processus opérationnels. Mathieu Maurier ajoute que les approches de l’externalisation varieront selon les sociétés de gestion, en fonction de leurs stratégies, de leur allocation géographique et de leur historique de croissance, notamment entre celles qui affichent une croissance organique et celles qui se sont développées par le biais d’acquisitions.

L’innovation et les prestataires de services

Parallèlement, les fournisseurs tentent d’offrir des services différenciés au travers de l’innovation. Là encore, il s’agit d’un processus qui doit être mis en œuvre avec prudence et après mûre réflexion. Mathieu Maurier précise qu’il peut s’avérer difficile d’abandonner un système existant et de le remplacer entièrement par de nouvelles infrastructures technologiques. La rapidité de telles transitions peut engendrer un risque opérationnel, et ces changements ne garantissent pas pour autant des économies à long terme. Par conséquent, les fournisseurs peuvent également se concentrer sur les possibilités d’interopérabilité des nouvelles technologies avec leurs systèmes existants.

Ainsi, un grand nombre d’entre eux s’appuient sur des API (interfaces de programmation) afin de déverrouiller des données compartimentées qui sont conservées à travers l’ensemble de leur organisation. Cette solution leur permet de regrouper l’intégralité des informations au sein d’un cadre unique qui offre une vision globale de leurs activités internes et de celles de leurs clients. Si, grâce aux API, des banques sont en mesure de partager des données précises avec leurs clients gestionnaires de fonds de façon plus fluide et rapide, cela aidera les clients à prendre des décisions plus éclairées. Ce type de données pourrait s’avérer utile aux sociétés d’investissement pour mieux anticiper leurs flux de trésorerie ou leurs exigences de garantie, et ainsi améliorer plus facilement leur gestion de la trésorerie et des garanties. Au final, les sociétés de gestion devraient réaliser des économies qui pourraient compenser indirectement la baisse des performances.

De même, des améliorations opérationnelles sont possibles avec la mise à niveau des systèmes existants, plutôt que leur suppression pure et simple, ajoute Mathieu Maurier.

« Lorsqu’une entreprise rénove un bâtiment, il n’est pas toujours nécessaire ni logique de détruire les fondations ou les murs. Il en va de même pour les technologies bancaires. Les nouvelles technologies ont la capacité d’offrir une deuxième vie aux systèmes plus anciens, pour peu qu’ils soient compatibles entre eux. Une entreprise n’a pas forcément intérêt à tout remplacer », explique-t-il.

Si l’adoption de technologies de rupture est bel et bien utile, les fournisseurs doivent faire preuve de pragmatisme quant à leur application. Qui plus est, ils doivent veiller à ce que les changements technologiques qu’ils opèrent soient générateurs de valeur pour les clients.

Nouvelles technologies

L’intégration de la Distributed Ledger Technology (DLT) dans l’univers des fonds en est un bon exemple. Alors que le nombre d’applications de la DLT a reculé, Mathieu Maurier estime que cette technologie pourrait résoudre plusieurs inefficacités auxquelles sont confrontés les secteurs des fonds et post-trade.

« On compte actuellement 36 projets de DLT à l’échelle du groupe Société Générale, dont un tiers sont consacrés au post-trade. Nous pensons que la DLT pourrait avoir un rôle à jouer dans la rationalisation du processus de connaissance du client (KYC) et qu’elle pourrait accélérer les délais de règlement pour la distribution de fonds. De fait, nous observons déjà que des fournisseurs, comme FundsDLT au Luxembourg et Calastone, s’appuient sur la DLT pour améliorer l’efficacité de la distribution de fonds », précise-t-il.

La distribution de fonds est très fragmentée. Il s’agit d’un processus coûteux dans lequel interviennent de nombreux intermédiaires. Certains fournisseurs n’ont d’ailleurs pas encore renoncé aux instructions transmises par fax. Les résultats de l’intégration de la DLT dans la distribution de fonds transfrontalière sont, jusqu’à présent, impressionnants. FundsDLT a déjà traité quelques opérations de fonds transfrontalières de bout en bout à l’aide de la blockchain, ce qui a permis d’augmenter fortement l’efficacité, de renforcer la modularité et de simplifier le processus KYC3. Avec la généralisation de cette technologie, les coûts de distribution de fonds diminueront nettement, et les gestionnaires et les investisseurs pourront réaliser des économies significatives. 

Néanmoins, de nombreuses questions sont toujours sans réponse, notamment en matière de réglementation, d’interface entre les titres et la trésorerie et de garanties offertes aux investisseurs afin qu’ils puissent faire confiance à ces nouveaux processus numériques.

Mathieu Maurier ajoute que Société Générale contribue fortement à simplifier la mise au point de titres « tokénisés » grâce à sa collaboration avec Société Générale FORGE, l’une des start-up intégrées au Groupe. Société Générale et Société Générale FORGE ont récemment émis 100 millions d’euros en obligations sécurisées sous forme de « security tokens » sur la blockchain Ethereum, ce qui a permis d’obtenir d’importants gains d’efficacité lors du processus, notamment une plus grande transparence, une transférabilité et des règlements plus rapides, ainsi qu’une intermédiation réduite4. L’expansion et l’acceptation grandissante des émissions de titres « tokénisés » ou d’actifs numériques permettront au panier d’actifs disponibles de croître, tout comme les volumes de liquidités sur les marchés, ce qui offrira de nouvelles opportunités pour les gestionnaires de fonds. 

Une approche exemplaire de l’innovation

Les coûts opérationnels masqués et superflus sont monnaie courante dans le secteur de la gestion d’actifs, mais des fournisseurs de services travaillent dur pour proposer des solutions dynamiques (DLT pour la distribution de fonds ; « tokénisation » des actifs) afin d’aider les sociétés à réaliser des économies opérationnelles et à identifier de nouvelles sources d’alpha. Cependant, l’innovation peut également être subtile, comme en témoigne l’introduction des API pour renforcer les liens entre les nouvelles technologies et les systèmes plus anciens ; ou la simple mise à niveau des plateformes existantes.

Des améliorations marginales ne doivent toutefois pas interdire une réflexion profonde sur les technologies, notamment lorsqu’elles deviennent trop anciennes et ne permettent plus de répondre aux exigences actuelles du secteur.

Enfin, l’aspect humain ne doit pas être oublié lors de la mise en œuvre de ces nouveaux modèles de rupture. Il est fondamental d’envisager un cadre de gestion du changement digne de ce nom pour optimiser la transformation.

 

 


1FT Adviser (4 février 2019) Active managers struggle to beat benchmarks

2 Bloomberg (12 février 2019)

3 Banking Technology (7 février 2019) Banco Best and Credit Suisse bring DLT to fund transactions

4 Société Générale (23 avril 2019) Société Générale émet la première obligation sécurisée sous forme de « security tokens » sur une blockchain publique

 

 
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