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Le futur du post-trade : bienvenue dans le monde d’après !

08/10/2020

La crise sanitaire a fait plonger, plus vite que prévu, le monde entier dans le bain de la virtualisation et des technologies innovantes. Yvan Mirochnikoff, responsable de l’offre digitale de Société Générale Securities Services, partage son analyse sur les conséquences pour l’industrie financière et pour le métier titres en particulier.

Cette année, la conférence Sibos connaît une révolution majeure. Ce grand événement annuel, qui réunit chaque année plus de 8000 professionnels de l’industrie bancaire et de la Finance mondiale se tient entièrement en ligne. Alors, certes, nous regrettons de ne pas nous retrouver dans un même lieu pour échanger sur l’avenir de notre industrie, mais c’est aussi un symbole extraordinaire pour montrer notre résilience dans un monde nouveau, dans lequel nous sommes rentrés plus rapidement que prévu

La virtualisation et l’usage massif des technologies ne sont pas, en soi, une révolution pour notre industrie ; à titre d’exemple, la dématérialisation des titres est désormais un souvenir lointain pour la plupart d’entre nous. Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur de cette transformation et le caractère inéluctable de celle-ci, rendant chacun responsable de son niveau de préparation à une crise inédite, tant sur le plan sanitaire que par ses impacts économiques et sociaux.

Notre premier constat est de nous rassurer quant à la capacité de nos organisations et de nos systèmes à avoir absorbé le choc. Malgré une volatilité forte des marchés, et un accroissement significatif des transactions, l’ensemble de nos établissements a répondu présent, et a continué à soutenir l’économie, et à garantir la sécurité des échanges financiers. Bravo !

Une transformation en profondeur de nos modèles opérationnels

Mais il est un autre aspect, dont l’effet est à plus long terme, qui traduit une transformation en profondeur de nos activités. Nous avons tous mesuré à quel point il devenait important de repenser nos modèles économiques, nos chaînes de valeur, et nos modèles opérationnels.

Dans l’industrie du post-trade, nous pouvons relever 3 constats majeurs :

1. L’expérience client est au cœur de la stratégie de transformation de tous les acteurs : 

Plus que jamais, la crise COVID-19 a montré l’importance de la proximité avec le client, pour anticiper ses besoins et lui apporter un service de qualité à chaque instant. Cette recherche de l’excellence dans la relation s’appuie sur la confiance entre les acteurs, sur la qualité des équipes « sur le terrain », et c’est souvent le fruit d’une relation inscrite dans la durée, traditionnelle dans les activités d’asset servicing. Mais cela passe aussi par l’évolution des systèmes qui doit offrir plus d’autonomie, et plus de personnalisation dans les services offerts aux clients. Le développement du « Self-care » doit permettre à chacun d’accéder à l’information utile à tout moment. Les systèmes d’alerte doivent compléter les outils classiques, par un usage accru des smartphones et outils de messagerie unifiée (y compris par vidéo) pour relier le client (investisseur, asset manager ou institutionnel) et son prestataire de services financiers.
Chez SGSS, nous avons par exemple imaginé un système d’alertes qui permet aux gérants de fonds de paramétrer ses seuils d’alerte afin d’être avertis en temps quasi-réel des mouvements importants sur le passif de son fonds sans attendre J+1 pour avoir une vision des volumes échangés.

2. La recherche d’une plus grande valeur ajoutée nous amène à exploiter au mieux notre patrimoine de données en développant des solutions innovantes : 

Nous avions tous l’impression depuis de longues années de nous asseoir sur un trésor, que nous ne savions pas exploiter. C’est désormais une vision du passé, et grâce aux technologies innovantes (le Cloud, le Big Data, l’Intelligence Artificielle), nous avons gagné en efficacité et en pertinence de l’information fournie, en utilisant des données historiques plus riches, permettant de développer des modèles (risques, performances) bien plus efficaces que des opérateurs humains, éprouvant de la difficulté à repérer les signaux utiles dans des environnements de données plus complexes. Les exemples sont nombreux : développement de stress-tests, modèles de performance, benchmarking, reportings commerciaux à valeur ajoutée.

Mais c’est aussi la façon de présenter l’information qui se transforme. Le tableur traditionnel a pris un coup de vieux après la COVID !
La manière de présenter l’information permet de cibler le message et donne une capacité à piloter nos activités, nos investissements de façon plus fine et efficace. Le Machine Learning, les outils de visualisation de données et les développements en « R » ou en « Python » deviennent les standards maîtrisés par les jeunes recrutés dans notre industrie. Et ceci afin de fournir les insights attendus par les gérants et autres experts financiers.

3. La recherche d’une meilleure efficacité opérationnelle nous amène à développer des partenariats : 

Pour faire face aux défis économiques de notre industrie, nul doute que la révision des chaînes de valeur amène à repenser chaque maillon, et à s’assurer de disposer de la solution best-in-class pour chaque composant de la chaîne. En nouant par exemple un partenariat stratégique dans les services liés à la distribution internationale de fonds, SGSS partage avec MFEX une plate-forme globale de distribution de fonds donnant en particulier accès aux informations sur les transactions et rétrocessions de dizaines de milliers de fonds, détenus par plus d’un millier de sociétés de gestion. Il en est de même pour le partenariat avec l’éditeur SIMCORP, qui permet à SGSS d’offrir à ses clients l’offre front-to-back « Crosswise », complétement modulable, combinant la gestion de portefeuille, la gestion et le routage des ordres, la gestion des transactions et du post-trade (via un IBOR1), la conservation, l’administration de fonds et la fonction d’agent de transfert.

Au-delà, c’est l’immersion de FinTechs pour certaines niches d’activité, ou pour certains types de clients (EPSOR offre par exemple l’épargne salariale aux PME et ETI2) qui permet plus d’agilité dans la création de nouvelles offres, ou l’élargissement de gammes d’outils plus performants. Aussi faut-il adopter une architecture ouverture de son système d’information pour faciliter cette intégration de nouveaux composants dans des chaînes de valeur legacy.

Une adaptation nécessaire à ce monde d’après

Chacun a pu mesurer, sur son périmètre, l’ampleur de la transformation à effectuer, voire des investissements à effectuer pour se mettre à la page. Il faut retenir l’extraordinaire capacité d’adaptation de nos équipes, qui ont su se mobiliser pour transformer rapidement nos organisations, et s’adapter aux contraintes du travail à distance, ou dans des environnements particulièrement sécurisés.

Mais il ne faut pas négliger pour autant l’accompagnement et l’effort de formation à engager pour amener l’ensemble des équipes (et parfois des clients) à s’adapter à ce nouvel environnement de travail. Signer et stocker électroniquement un contrat, utiliser un outil de visualisation de données, ou valider une NAV3 sur un smartphone semblent désormais des opérations simples de notre quotidien. Mais pour arriver à cela, il faut passer par une révision complète de nos modes de pensée, en remettant le client au centre de toute préoccupation, et en s’assurant de la viabilité économique de chaque projet. Et ceci sans perdre de vue la nécessité d’évaluer et de maîtriser les risques, l’un des apanages notre métier de banquier, y compris quand il s’agit de risques opérationnels sur des technologies nouvelles.

Il y a donc encore beaucoup de sujets à découvrir et à tester. Par exemple, pour des technologies plus disruptives ou plus récentes, comme la Blockchain, les plates-formes d’API4 et les micro-services, il faudra passer par des expérimentations multiples (au niveau français et européen), voire des régulations communes ou de nouveaux standards « ouverts », permettant une véritable interopérabilité des systèmes et une intégration aisée des nouveaux services, avant de mesurer les effets bénéfiques. Bienvenue à tous dans ce « monde d’après » !

 


1 Investment Book Of Record

2 Petites & Moyennes Entreprises, et Entreprises de Taille Intermédiaire

3 NAV: Net Asset Value = Valeur liquidative

4 API: Application Programming Interface = interface de programmation applicative

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