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Les cryptofonds : une mer d'opportunités et un océan de risques

Absent de notre vocabulaire il y a quelques années, le terme « Bitcoin » a déjà enregistré plus de 340 millions de recherches sur Google, soit autant que pour le mot « Luxembourg ». Créé en 2008, le Bitcoin a été la première des cryptomonnaies. Dix ans après, ce sont plus de 1 500 cryptomonnaies qui ont été lancées, avec une capitalisation totale de 500 milliards de dollars américains (au 1er février 2018).

 

Les cryptomonnaies ont connu un fort développement en 2017. Les typologies des nouveaux investisseurs sont très variées avec trois catégories principales : des teneurs de marché qui sont désignés par l’expression « cryptotraders », des investisseurs sophistiqués et une population de particuliers qui veut participer à une nouvelle « ruée vers l’or ».

La gestion d’actifs recherche en permanence de nouvelles opportunités d’investissement pour rester à la pointe de l’innovation et pour attirer de nouveaux clients. Les fonds investis en cryptomonnaies, les « cryptofonds », constituent l’une de ces opportunités.

 

 

Les cryptomonnaies pourraient constituer une nouvelle classe d’actifs — mais n‘est-ce l’ouverture de la boîte de Pandore ? Quels en sont les principaux risques ?

Depuis 2013, plus de 150 cryptofonds ont été lancés, tout spécialement aux États-Unis, où les fonds spéculatifs représentent un véhicule d’investissement privilégié. Selon une étude réalisée par l’ALFI (Association Luxembourgeoise des Fonds d’Investissement), la taille du marché des crypto-fonds pourrait se situer entre 10 et 15 milliards de dollars. La valeur cumulée des 3 principaux fonds au monde est proche d’un milliard de dollars.

Certains de ces fonds sont gérés activement, d’autres sont des fonds passifs, tandis que d’autres investissent à la fois dans les crypto-actifs et des sociétés liées à la blockchain.

Comme le dit le vieil adage, il n’y a pas de profit sans risque.

Plusieurs régulateurs (comme l’AMF en France ou la SEC aux États-Unis) ou associations comme l’AEMF ont mis en garde les investisseurs contre les risques associés aux cryptomonnaies. Ces derniers peuvent être classés en 5 catégories principales, ayant un impact significatif en termes de protection des investisseurs :

  • Risque de sécurité : le stockage des actifs numériques est réalisé selon des méthodes cryptographiques (clés privées/publiques). Les clés privées sont gardées comme un mot de passe d'ordinateur. Elles sont devenues la cible des pirates informatiques via les logiciels espions, notamment sur le wifi… Les actifs numériques devraient être enregistrés dans un « coffre-fort hors ligne » afin de réduire le risque de cybercriminalité, et certaines entreprises, comme Ledger, proposent ce type de solutions. Le risque ne doit pas être sous-estimé — récemment, la plateforme japonaise Coincheck a été piratée et l’équivalent de 536 millions de dollars  en NEM a été dérobé.
  • La volatilité des crypto-actifs, souvent perçue comme une opportunité, implique un risque de perte de valeur significatif. Le principe de base est simple : vous pouvez perdre la totalité de votre argent. Toute cryptomonnaie est susceptible de perdre une très grande partie de sa valeur du jour au lendemain, comme cela a été le cas pour l’ICO (« initial coin offering », ou émission initiale) de la cryptomonnaie Tezos.
  • En outre, la plupart de plateformes de négociation ne sont pas réglementées et ne disposent ni d’engagement de qualité, ni de fonds propres réglementaires, ni de politique de gestion des risques. La plateforme sur laquelle vous conservez vos avoirs peut tout simplement disparaître, et vous ne les retrouverez jamais. Il n’existe aucune protection des investisseurs dans le trading de cryptomonnaies, car il ne s’agit pas d’un marché réglementé. C’est ce qui s’est passé lors du marché baissier de décembre 2017.
  • La classification des cryptomonnaies (actifs, autres actifs…) est un élément essentiel, car elle détermine la manière dont la banque dépositaire doit se comporter en cas de défaut. Cette classification n’étant pas encore définie dans la plupart des pays, il est difficile pour les principaux fournisseurs de services d’entrer sur ce marché, compte tenu du risque encouru. Récemment, le gouvernement indien a proposé l’adoption d’une loi interdisant de considérer les cryptomonnaies comme des monnaies. Sans conteste, il existe un risque que certaines juridictions restreignent, voire interdisent le trading de cryptomonnaies.
  • Enfin, le risque de réputation est significatif, notamment si l’on considère le choix des actifs numériques et des contreparties. La compréhension du processus et une contrôle diligent (« due diligence ») robuste peuvent atténuer ce risque, mais il demeure essentiel de choisir une cryptomonnaie soutenue par des fondamentaux solides, sans négliger le risque d'escroquerie et de fausses promesses.

En conclusion, les cryptofonds offrent une opportunité significatives pour les investisseurs. Toutefois, l’incertitude réglementaire et le niveau de risque élevé limitent fortement le développement de tels véhicules d’investissement au sein d’un cadre régulé. 

Les cryptofonds sont une mer d’opportunités et un océan de risques.